
Où l’on rejoint au pied levé une campagne un peu folle de la Brigade Chimérique, maîtrisée par l’indispensable Nébal.
André Janssens naît en 1883 dans une famille de la grande bourgeoisie bruxelloise ; il est le cadet d’une fratrie de cinq. Son père, un grand industriel, a fait fortune en investissant dans une société d’exploitation du caoutchouc au Congo belge ; le jeune André est lui-même convaincu des bienfaits civilisateurs de la colonisation. Il obtient son diplôme de médecine en 1908 et se spécialise dans les pathologies coloniales. Quelques mois après, il épouse Marguerite Lackerbauer, une amie d’enfance. Une fille, Rosa, naît de leur union en 1909.
Encore tout jeune médecin, il embarque pour le Congo en 1910 avec la commission d’enquête officielle ordonnée par le roi Léopold II à la suite du tollé international suscité par les révélations de la presse sur les exactions commises au Congo par les concessions privées sur les populations locales, soumises au travail forcé. Il est alors persuadé que ces allégations ne sont qu’un tissu de mensonges. Il enquête à cette occasion sur l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK) qui gère la plus grande mine de radium au monde, et comprend au fil de ses rencontres avec les tribus locales que les horreurs décrites dans la presse sont encore bien au-dessous de la réalité.
Pendant la visite de la commission d’enquête dans les installations minières de l’UMHK, une explosion se produit à l’intérieur d’un entrepôt. Janssens perd conscience et se réveille, affligé de graves brûlures, dans le camp d’une tribu Kaonde. Recueilli et soigné par les habitants, il délire durant plusieurs semaines (visions de jungle antédiluvienne, d’esprits sylvestres, d’un immense fleuve sans fin…) avant de recouvrer miraculeusement la santé.
De retour en Belgique en septembre 1910, il contacte le journal l’Aurore et parvient à faire publier une tribune alarmiste sur le sort fait aux populations locales (bien plus virulente que les timides avancées de la commission d’enquête officielle.) Cet article rencontre un écho très limité dans l’opinion publique, mais il fait la connaissance à cette occasion de plusieurs personnalités dans les cercles progressistes parisiens. Désormais persona non grata aux yeux des autorités belges, il commence une enquête de longue haleine autour de l’UMHK et de ses ramifications dans les milieux industriels, politiques et criminels, tout en reprenant son activité de médecin de ville.
En marge du premier Congrès de Solvay qui se tient à Bruxelles en 1911, il rencontre Marie Curie et parvient à s’entretenir brièvement avec elle au sujet des conductions de production du radium. La scientifique, obsédée par ses recherches, lui fait part de son impuissance, et Janssens ressort de cette entrevue avec un profond sentiment de frustration.
En 1914, il est mobilisé et retourne en Afrique au sein de la Force publique du Congo (l’armée coloniale). Il participe en tant que médecin aux affrontements contre les colonies allemandes au Cameroun et en Afrique orientale. En 1916, alors qu’il tente d’intervenir pour secourir des blessés sur le champ de bataille, il est pris dans le feu du combat et survit miraculeusement : son épiderme se mue subitement en écorce, ce qui le rend extraordinairement résistant aux dégâts. Il commence à mesurer l’étendue de ses nouveaux pouvoirs, qui lui semblent liés aux événements qu’il a traversés six ans plus tôt dans le Haut-Katanga. De retour en Belgique après l’armistice en 1918, ses pouvoirs lui apparaissent tout à la fois comme un don de la tribu Kaonde, et comme une malédiction synonyme de déchéance sociale.
En 1919, effrayée par les changements physiques et mentaux de son mari et lassée par son enquête obsessionnelle qui a fini par les couper de toute vie sociale, Marguerite demande le divorce. Elle emmène avec elle la petite Rosa, qui conservera cependant des relations épisodiques avec son père.
Tout en poursuivant ses investigations sur les activités de l’UMHK, avec très peu de résultats concrets, André se met à fréquenter les cercles sympathisants de Nous Autres, sans toutefois jouer de rôle actif dans leurs rangs. Repéré par l’Institut du Radium et le CID, il refuse aussi de rejoindre leurs rangs. En 1934, alors que Mabuse étend peu à peu son emprise sur l’Europe, il a coupé depuis longtemps tout lien avec son ancien milieu social et sa famille – à l’exception de sa fille. Il mène une existence monotone, partagée entre son petit cabinet médical dans les faubourgs de Bruxelles et sa grande maison sombre et vide, qu’il entretient fort mal.
P.S. : j’ai pris beaucoup de libertés avec la “vraie” chronologie historique, mais l’Union minière du Haut-Katanga a réellement existé, et produisait réellement du radium.