PJ Donjons et Dragons: Elmyra de Clairval

La baronne Elmyra de Clairval est une vieille dame excentrique qui vit à la lisère de Gué de la Dague, dans un charmant cottage peuplé de chats. Héritière d’une vieille famille noble, elle s’est installée une trentaine d’années plus tôt au Gué de la Dague, après avoir vendu le manoir familial d’Eauprofonde pour purger les dettes contractées par son père, joueur invétéré.
Les citoyens de Gué de la Dague la croisent parfois en train de faire des emplettes, accompagnée de son valet ou de sa femme de chambre. Elle se rend régulièrement en fiacre au château de la duchesse Morwen, la suzeraine locale, pour aller prendre le thé.
Dans les ruelles du bourg, on murmure qu’elle pratique la magie et qu’il se passe des choses bizarres en sa présence. On murmure aussi qu’elle porte toujours le deuil de sa sœur cadette Lyrielle, morte quarante ans plus tôt d’un mal mystérieux qui l’a emportée juste avant son mariage.

Compte-rendus et enregistrements de partie chez Nébal.

PJ Brigade Chimérique : André Jenssens

Où l’on rejoint au pied levé une campagne un peu folle de la Brigade Chimérique, maîtrisée par l’indispensable Nébal.

André Janssens naît en 1883 dans une famille de la grande bourgeoisie bruxelloise ; il est le cadet d’une fratrie de cinq. Son père, un grand industriel, a fait fortune en investissant dans une société d’exploitation du caoutchouc au Congo belge ; le jeune André est lui-même convaincu des bienfaits civilisateurs de la colonisation. Il obtient son diplôme de médecine en 1908 et se spécialise dans les pathologies coloniales. Quelques mois après, il épouse Marguerite Lackerbauer, une amie d’enfance. Une fille, Rosa, naît de leur union en 1909.

Encore tout jeune médecin, il embarque pour le Congo en 1910 avec la commission d’enquête officielle ordonnée par le roi Léopold II à la suite du tollé international suscité par les révélations de la presse sur les exactions commises au Congo par les concessions privées sur les populations locales, soumises au travail forcé. Il est alors persuadé que ces allégations ne sont qu’un tissu de mensonges. Il enquête à cette occasion sur l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK) qui gère la plus grande mine de radium au monde, et comprend au fil de ses rencontres avec les tribus locales que les horreurs décrites dans la presse sont encore bien au-dessous de la réalité.

Pendant la visite de la commission d’enquête dans les installations minières de l’UMHK, une explosion se produit à l’intérieur d’un entrepôt. Janssens perd conscience et se réveille, affligé de graves brûlures, dans le camp d’une tribu Kaonde. Recueilli et soigné par les habitants, il délire durant plusieurs semaines (visions de jungle antédiluvienne, d’esprits sylvestres, d’un immense fleuve sans fin…) avant de recouvrer miraculeusement la santé.

De retour en Belgique en septembre 1910, il contacte le journal l’Aurore et parvient à faire publier une tribune alarmiste sur le sort fait aux populations locales (bien plus virulente que les timides avancées de la commission d’enquête officielle.) Cet article rencontre un écho très limité dans l’opinion publique, mais il fait la connaissance à cette occasion de plusieurs personnalités dans les cercles progressistes parisiens. Désormais persona non grata aux yeux des autorités belges, il commence une enquête de longue haleine autour de l’UMHK et de ses ramifications dans les milieux industriels, politiques et criminels, tout en reprenant son activité de médecin de ville.

En marge du premier Congrès de Solvay qui se tient à Bruxelles en 1911, il rencontre Marie Curie et parvient à s’entretenir brièvement avec elle au sujet des conductions de production du radium. La scientifique, obsédée par ses recherches, lui fait part de son impuissance, et Janssens ressort de cette entrevue avec un profond sentiment de frustration.

En 1914, il est mobilisé et retourne en Afrique au sein de la Force publique du Congo (l’armée coloniale). Il participe en tant que médecin aux affrontements contre les colonies allemandes au Cameroun et en Afrique orientale. En 1916, alors qu’il tente d’intervenir pour secourir des blessés sur le champ de bataille, il est pris dans le feu du combat et survit miraculeusement : son épiderme se mue subitement en écorce, ce qui le rend extraordinairement résistant aux dégâts. Il commence à mesurer l’étendue de ses nouveaux pouvoirs, qui lui semblent liés aux événements qu’il a traversés six ans plus tôt dans le Haut-Katanga. De retour en Belgique après l’armistice en 1918, ses pouvoirs lui apparaissent tout à la fois comme un don de la tribu Kaonde, et comme une malédiction synonyme de déchéance sociale.

En 1919, effrayée par les changements physiques et mentaux de son mari et lassée par son enquête obsessionnelle qui a fini par les couper de toute vie sociale, Marguerite demande le divorce. Elle emmène avec elle la petite Rosa, qui conservera cependant des relations épisodiques avec son père.

Tout en poursuivant ses investigations sur les activités de l’UMHK, avec très peu de résultats concrets, André se met à fréquenter les cercles sympathisants de Nous Autres, sans toutefois jouer de rôle actif dans leurs rangs. Repéré par l’Institut du Radium et le CID, il refuse aussi de rejoindre leurs rangs. En 1934, alors que Mabuse étend peu à peu son emprise sur l’Europe, il a coupé depuis longtemps tout lien avec son ancien milieu social et sa famille – à l’exception de sa fille. Il mène une existence monotone, partagée entre son petit cabinet médical dans les faubourgs de Bruxelles et sa grande maison sombre et vide, qu’il entretient fort mal.

P.S. : j’ai pris beaucoup de libertés avec la “vraie” chronologie historique, mais l’Union minière du Haut-Katanga a réellement existé, et produisait réellement du radium.

    Cassiano Drescii

    Cassiano Drescii est un des premiers personnages que j’ai créés il y a une dizaine d’années dans le cadre de la campagne d’Imperium maîtrisée par Bertrand. Le portrait trouvé sur le Net est à l’origine une représentation de Gurney Halleck, mais il correspondait bien à l’idée que j’avais en tête. En relisant la biographie sommaire que j’avais rédigée à l’époque je me suis dit qu’il avait un certain potentiel romanesque. Plutôt que d’étoffer simplement la notice du personnage, j’ai donc profité de l’atmosphère particulière de ces jours d’été, avec les JO en fond, pour tenter un début de space-fantasy, très librement inspirée de l’univers de Franck Herbert.


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    Cassiano Drescii posa son ordre de mission d’un geste las et se plongea dans une contemplation distraite du luxueux porte-documents qui trônait au centre de son bureau. L’objet, qui lui avait été offert par sa fille cadette, jurait au milieu du mobilier froidement protocolaire et des statuettes antiques ramenées de ses voyages. Mais l’ambassadeur-duelliste avait toujours eu un faible pour Graciana, et il prenait un malin plaisir à scruter la réaction de ses interlocuteurs : quand une conversation s’éternisait, le regard de ces derniers finissait toujours par se fixer involontairement sur la reliure. Au premier coup d’œil, on avait peine à distinguer un motif clair à travers l’entrelacs de milliers de fils d’or et d’argent brodés sur le cuir. Mais lorsqu’on les examinait de près, les scènes fantastiques figurant le bestiaire du sulfureux carnaval de Memnon se révélaient parfaitement obscènes. Par quelque moyen, l’artiste était parvenu à produire une curieuse impression de mouvement qui exerçait une fascination hypnotique. Drescii avait même eu à plusieurs reprises la sensation fugitive que d’infimes détails avaient changé d’un jour à l’autre.

    Il ne faisait aucun doute que Graciana savait ce qu’elle faisait lorsqu’elle avait passé commande au fantasque maître-relieur Kamil Ferencz, à l’occasion du cinquantième anniversaire de son père : seule parmi ses cinq filles, la jeune femme avait hérité aussi bien de son goût pour la provocation que de son amour pour l’art. Drescii était connu pour ses excentricités, la moindre d’entre elles n’étant pas son activité littéraire. Les aventures du contrebandier Jorinn Sven dans les bas-fonds des planètes de l’Imperium, contées dans les multiples tomes de sa Saga des Mille Mondes, avaient rencontré un certain succès public. La gazette locale subventionnée par l’Imperium avait salué avec enthousiasme « une œuvre lyrique et populaire », tandis que les Cahiers de Vix avaient conspué sa vulgarité. Les opus n’étaient pas signés de son nom, mais l’identité réelle de leur auteur ne représentait plus qu’un secret de polichinelle, y compris au-delà du cercle réduit des courtisans. Il se murmurait même que la saga était une version romancée des jeunes années de Drescii, ce qui ne laissait jamais d’amuser ce dernier. Sven était une canaille flamboyante dont certaines des frasques étaient certes inspirées de ses propres excès de jeunesse, mais c’était un pur produit de son imagination.

    Cela faisait des années qu’il n’avait pas tiré l’épée dans un duel diplomatique. Il lui arrivait encore de se produire dans des joutes de gala, mais le comte le sollicitait de moins en moins souvent ces dernières années. Bien qu’il lui restât quelques bottes de bretteur, il fallait reconnaître qu’il n’était plus tout jeune. Son genou droit commençait à donner des signes de faiblesse, il avait pris de l’embonpoint, et ses cheveux se raréfiaient – non qu’il le regrettât : l’ascétisme à la mode chez nombre de courtisans de la génération suivante n’était pas fait pour lui. Il aimait la bonne chère, le vin d’Émura, les plaisirs du sexe, et il en acceptait le prix.

    PNJ : Nofrera Set-en-Isi

    [Post-scriptum 2024]

    J’ai rédigé cette biographie de la docteure Nofrera Set-en-Isi en 2016, au cours d’une campagne d’Imperium (jeu de rôle dans l’univers de Dune) maîtrisée par Bertrand Nébal. Nous incarnions les membres d’une maison mineure régnant sur Gebnout IV, planète semi-désertique calquée sur l’Egypte ptolémaïque, et Bertrand nous avait proposé de créer quelques PNJ d’universitaires. Je ne cherche pas d’habitude à m’inspirer directement du monde réel dans le contexte rôlistique, mais ce personnage-ci est une exception : il est modelé à partir du souvenir que je conserve de la sœur aînée de ma grand-mère, une grande dame qui a joué un rôle important dans mon enfance – j’ai juste fait un pas de côté consistant à lui donner un background scientifique alors que ma tante était une pure femme de lettres.

    Quelques années plus tard, pendant le confinement d’avril 2020, j’ai enregistré plusieurs entretiens biographiques en visio avec mon père, qui se révèleront être mes dernières conversations avec lui ; il m’a appris à cette occasion pas mal de choses que j’ignorais sur le passé de ma tante. En relisant la vie fictive de Nofrera aujourd’hui, je suis frappée d’y trouver des détails qui correspondent à des pans de sa vie dont je n’avais pas connaissance à l’époque où j’ai imaginé le personnage. Son passé de pied-noir, surtout, que j’ai retranscrit sans le savoir par l’idée du village de Tariush.

    L’idée même de ce personnage m’est peut-être venue en partie à cause de la similitude entre l’atmosphère de Gebnout IV et celle de l’Algérie qu’elle aimait. Je ne sais pas à quel point Nofrera lui ressemble, mais elle est en tous cas très fidèle à l’image que je me fais d’elle aujourd’hui, dans son indépendance d’esprit et ses mystères – je crois que ce bref portrait de fiction m’a permis de dire plus d’elle que je ne l’aurais fait en racontant ce que je sais de sa vie. Ça a été un plaisir d’entendre Bertrand l’interpréter le temps de quelques scènes, et, en grande amoureuse de Yourcenar qu’elle était, je pense qu’elle aurait trouvé fort amusante la projection de cet alter ego quelques milliers d’années en avant dans un futur et un ailleurs romanesques.

    Le compte-rendu de la séance chez Nébal.

    Fiche de personnage

    Profession : climatologue / Âge : 72 ans.

    Titulaire d’une chaire à l’université de Memnon et reconnue comme experte planétaire dans son domaine, la docteure Set-en-Isi est une vieille dame aux manières charmantes, très appréciée de ses étudiants. Grâce à son charisme et à sa rigueur intellectuelle, elle a rendu ses lettres de noblesse à la climatologie, traditionnellement considérée à Memnon comme une discipline de seconde zone.

    Autrice de nombreux traités de référence, elle s’intéresse particulièrement à l’influence des courants océaniques et des marées sur le climat. Bien que la Guilde lui ait offert à plusieurs reprises de rejoindre l’unité de contrôle climatique de Gebnout IV, en échange d’un salaire infiniment supérieur à ses modestes émoluments de fonctionnaire, elle a toujours décliné poliment ces propositions. Dans sa dernière monographie, « Dynamique multi-échelle du contrôle climatique externalisé sur la variabilité des marées de l’Océan Septentrional », elle ne se prive d’ailleurs pas de critiquer l’action de la Guilde, qu’elle accuse à mots couverts de dérégler dangereusement l’équilibre millénaire des océans de Gebnout IV.

    Bien qu’elle soit loin de partager les opinions techno-progressistes de sa consoeur Ai Anku, Nofrera entretient des relations cordiales avec la jeune femme, dont elle tient les qualités intellectuelles en haute estime. Par ailleurs, la rumeur lui prête une certaine sympathie pour le mouvement mystique des Atonistes de la Terre Pure (rumeur que Nofrera semble prendre avec amusement, tout en se gardant de la démentir) — elle aurait rencontré leur leader Thema Tena il y a une dizaine d’années lors d’un voyage d’études, et les deux femmes entretiendraient depuis une correspondance régulière.

    Nofrera a voué sa vie à la science. Célibataire, sans enfants, elle loge dans un modeste appartement de fonction à Memnon. On lui connaît cependant une affection particulière pour Tariush, un village de pêcheurs dans la région de Nar-El-Abid, à la lisière du Continent Interdit. Elle y possède une petite maison, où elle passe le plus clair de son temps quand ses obligations ne la retiennent pas à Memnon.